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17 janvier 2014 / IMCA

Sylvie SIMON

17557_1335611994229_139691_nAutant être honnête, il est assez fréquent qu’un scénariste galère pas mal avant de connaitre la réussite. Ou un semblant de. Mais parfois, ça passe comme une lettre à la poste. C’est le cas pour Sylvie Simon, avec qui nous avons rendez-vous aujourd’hui : «J’ai écrit un premier texte par hasard pour France Inter. Une pièce radio de 26’. Elle a été acceptée sans problème comme les textes suivants. Je galérais beaucoup à cette époque pour être comédienne. Finalement on ne m’a jamais refusé un texte. Je dirais que c’est l’écriture qui m’a trouvée, ce n’était pas du tout une vocation. Ça s’est fait tout seul… ». Oui, je vous l’accorde, il y a de quoi être jaloux. Mais la chance, bien évidemment, ne fait pas tout. Il faut beaucoup travailler, et se montrer à la hauteur de ce qu’on attend de vous. Sylvie a d’abord fait ses armes dans la fiction française des années 90, celle qui faisait des scores d’audiences seulement atteignables de nos jours par les matchs de l’équipe de France de foot. D’abord spécialisée dans les œuvres à forte charge émotionnelle (les téléfilms où l’on pleure, en gros), Sylvie est ensuite devenue la reine des adaptations de romans policiers. Et entre ces deux univers, elle a forgé son style : « Le travail sur les personnages, et je crois la simplicité des dialogues, c’est ça, mon style. Je suis assez elliptique et minimaliste. Et si je ne vois pas ce que j’écris, je ne l’écris pas. ».

Depuis quelques années, Sylvie écrit principalement les aventures de Larosière et Lampion, puis depuis 2012 de Laurence et Avril, les héros de la série « les petits meurtres d’Agatha Christie », l’un des rares gros succès de France 2. D’ailleurs, écrire un « hit », c’est beaucoup de pression ou beaucoup de liberté. Sylvie tranche sans hésiter pour la liberté : « j’ai carte blanche sur la série, c’est un vrai bonheur ! ». On ne peut mieux dire. Mais ce travail d’adaptation est-il aussi passionnant que celui qui consiste à écrire une œuvre originale ? « L’important c’est d’être associée à un projet intéressant, qui donne vraiment l’envie de se mettre au boulot et de sortir le meilleur. Mais roman ou scénario original, je préfère qu’il s’agisse d’un unitaire où on a toujours un espace de liberté plus grand ». Reste que des enquêtes policières, c’est un genre bien particulier, avec des codes bien précis. Est-ce que cela demande des aptitudes particulières de la part du scénariste ? « Non, il faut les mêmes qualités qu’un scénariste tout court » répond Sylvie. « Il faut une bonne situation de départ, et des personnages qui tiennent la route. Ensuite il y a des règles à respecter dans le polar, toujours les mêmes je pense, le rythme, le suspens, les fausses pistes, embarquer le spectateur dès le début et ne plus le lâcher ». Et avec, au centre de tout, l’humain. « Tout ce que j’écris repose sur la construction de personnages forts, à facettes multiples, dès qu’on tombe dans la caricature c’est foutu, il faut toujours connaître les failles de ses personnages. Des personnages vraiment épais, on peut les balancer dans n’importe quelle histoire ensuite, ça fonctionnera. C’est primordial ». Et entre deux scénarios, Sylvie regarde aussi beaucoup de séries : « je suis sériphage, je vais de « Six feet Under » à « Skins », en passant par « Dexter », « Mon oncle Charlie » « Les Soprano » ou « Weeds ». Mais je le reconnais, je ne regarde pas beaucoup de séries françaises… ».

Sylvie interviendra à l’IMCA pour la première fois cette année, pour animer un module sur le « polar ». Elle viendra en voisine, car elle vit depuis plusieurs années non loin d’Avignon. Cela nous fait aborder la distance avec Paris. Est-ce que cela n’est pas un frein à la carrière d’un scénariste ? « Tout passe par Paris, c’est vrai, mais le métier de scénariste peut se faire partout, il faut juste être disponible pour deux ou trois rendez-vous parisiens à la production ou à la chaine ». Amis provinciaux, soyez donc rassurés ! Sylvie se montre en tout cas impatiente de commencer sa semaine de cours avec les stagiaires de l’Imca : « C’est la première fois que je fais ça… » avoue-t-elle, « … j’aimerais apporter quelque chose de positif et d’utile, j’espère en être capable, disons que je vais faire le mieux possible. En tout cas je suis très contente et curieuse de rencontrer les participants ! ».

La fiction française dans 10 ans, elle ressemblera à quoi, d’après elle ? « Je ne sais pas, j’entends dire beaucoup de choses, mais je crois réellement que je ne me pose pas la question ». Tout est là, finalement. Sylvie Simon est tellement heureuse dans ce qu’elle fait qu’elle n’a aucun doute sur l’avenir : « je travaille comme je veux, quand je veux, où je veux et aujourd’hui encore mieux avec les gens que j’aime et respecte. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de journées plus difficiles que d’autres mais je suis très consciente de la chance que j’ai… ». Quoi de mieux que quelqu’un qui a réussi pour croire à notre tour que c’est également possible ? Avant de nous quitter, Sylvie nous parle un peu de ses projets : « Ecrire un nouveau roman, mais ça prend beaucoup de temps et c’est difficile de refuser du boulot, mais ça reste quand même un projet cher. Sinon, je termine l’écriture d’une comédie romantique pour le cinéma. Un premier long c’est une nouvelle porte qui s’ouvre, c’est important. On verra bien… Après, il ne faut pas oublier qu’en dehors de l’écriture, il y a la vraie vie, il faut la vivre pour pouvoir s’en nourrir… ». Message reçu. Car comme le disait Albert Camus, « il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre ». Ça fait toujours son petit effet de terminer par une citation.

Sylvie Simon animera le module sur le polar entre le 03 et le 06 mars 2014.

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