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6 novembre 2013 / IMCA

Jean-Christophe HERVE

482499_10151508686434095_1414544423_nCertes, il est convenu de dire que ce n’est pas la taille qui compte, et pourtant, la dimension de la… bibliothèque de Jean-Christophe Hervé force le respect. Au milieu de quelques ouvrages pointus et autres essais classiques trônent en bonne place des livres consacrés à la dramaturgie et à l’écriture du scénario. La collection multicolore d’Yves Lavandier, des éditions originales (comprendre « en anglais ») des analyses du récit façon « corps humain » de John Truby, un Robert McKee dans un coin pour faire beau, tout y est. De quoi donner des boutons à ceux qui pensent (encore) qu’écrire un scénario ne peut pas s’apprendre. « Écrire, au même titre que composer de la musique ou peindre, est un art, lequel repose à la fois sur de l’inspiration et de la technique. L’inspiration, le talent, ne s’apprennent pas, la technique si » corrige d’emblée Jean-Christophe. Une révélation visiblement assez précoce : « Adolescent, j’ai commencé à noircir les 30 premières pages de ce qui devait être mon premier scénario, et que je me suis soudain arrêté, perdu, réalisant que je ne savais pas où j’allais. En allant au cinéma, en regardant les fictions télévisées, je me suis rendu compte qu’il y avait bel et bien des règles à l’œuvre dans les histoires que je voyais, de même qu’il y en a en musique et dans les autres arts… ». La prise de conscience est une chose, mais pour Jean-Christophe cela n’a pas été suffisant. Il lui fallait passer par des livres qui répertoriaient, qui formalisaient toutes ces théories. « Le premier ouvrage sérieux sur la question disponible en librairie a été le livre d’Yves Lavandier « La Dramaturgie ». Je l’ai dévoré comme une nourriture qui m’avait trop longtemps manqué, mon « apprentissage » s’étant jusqu’alors surtout fait de façon empirique et désordonnée. Là, j’avais en main une sorte de bible assez exhaustive sur les techniques de la dramaturgie et de la construction des personnages, écrite de façon limpide et passionnée. Les différentes éditions sont venues peu à peu enrichir un matériau déjà très dense, et c’est depuis mon livre de référence, même si d’autres approches, notamment celle de John Truby avec « L’Anatomie du scénario » sont également passionnantes. Elles m’ont permis de réfléchir à d’autres notions dans un domaine, il faut le dire, aussi vaste que la vie elle-même… ». Cette approche peut sembler pleine de bon sens. Pourtant, si aux Etats-Unis, par exemple, elle est totalement admise depuis des lustres, ici, en France, elle fait encore bondir. Et pour Jean-Christophe, ce n’est pas l’effet du hasard : « Je pense que dans les pays anglo-saxons, il y a plus une grande tradition du récit bien structuré. Il y a bien sûr toujours des exceptions, et des artistes géniaux capables d’inventer des histoires au fil de la plume, mais cela représente sans doute une très faible minorité. En France, la Nouvelle Vague a institué cette « méthode », rejetant l’importance du scénario et donc de son apprentissage. Alors que les grands films des années 70 aux USA où la liberté des cinéastes et des auteurs était bien plus grande qu’aujourd’hui, reposaient avant tout sur des scénarios et des personnages très pensés, très construits. Et de fait, les USA regorgent d’écoles de cinéma de haut niveau et d’une littérature très abondante sur la question de la dramaturgie. »

Ok, donc on l’aura compris, avant dans se lancer dans la mélodie scénaristique, il vaut mieux connaitre son solfège. C’est-à-dire avoir au minimum un personnage principal avec un objectif à atteindre et, entre les deux, tout un tas d’obstacles. Mais, c’est vraiment obligatoire, tout ça ? « Si on veut que je reste devant l’écran, oui, c’est préférable. Maintenant, toutes les histoires sont possibles. La liberté d’ennuyer est une liberté comme une autre… ». Tout est dit. Jean-Christophe va même plus loin et nous parle du concept du personnage, qui lui tient à cœur (il est le traducteur de l’ouvrage « Psychologie des personnages » de Howard Gluss, Ph D et Scott Edward Smith, aux éditions Dixit). Pour lui, un bon personnage « C’est un personnage dans lequel je peux reconnaître qu’il appartient à la même humanité que moi, un gars ou une fille qui se bat, ardemment, pour diminuer sa souffrance et augmenter son plaisir. Chacun a sa manière de le faire, mais l’énergie parfois désespérée qu’un personnage peut mettre dans cette quête est précisément ce qui me touche. Comme le disait Renoir « Ce qui il y a de terrible en ce monde, c’est que chacun a ses raisons ». ». Oui, comme quelqu’un qui a une grosse bibliothèque, Jean-Christophe est capable de faire beaucoup de citations…

Au sein de l’IMCA Provence, Jean-Christophe est donc Monsieur Dramaturgie. Et il dispense son savoir pendant 3 semaines bien remplies. « Les deux premières semaines sont consacrées à l’étude des mécanismes de la dramaturgie, avec les notions de personnage, d’objectif, d’obstacle, de conflit, de paiement, d’ironie dramatique… Avec une approche théorique le matin, appuyée par la projection de nombreux extraits de films, et une approche pratique l’après-midi où les stagiaires doivent, en fonction de la thématique du jour, écrire une scène ou un synopsis, que l’on analyse et corrige ensemble dans la foulée. La troisième semaine est consacrée à la structure proprement dite d’un long métrage, avec visionnage et analyse d’un film entier, et travaux pratiques sur la constitution du « squelette » d’un long métrage, pour voir comment fonctionnent ensemble de façon cohérente les différentes notions abordées au cours des deux précédentes semaines ». Une approche complète, dense, riche, qui semble avoir comblé les stagiaires qui sont déjà passés entre ses mains expertes, lors de la session précédente. L’après, justement. C’est ce qui doit effrayer pas mal de ces apprentis scénaristes, non ? Sont-ils prêts à se lancer dans le grand bain ? « C’est à eux qu’il faudrait poser la question ! Mais ils ont en tout cas entre les mains des outils solides qui devraient leur permettre d’avoir confiance en eux et de se lancer. Il leur reste surtout à apprendre ce qui ne s’apprend que par l’expérience et le travail. Et ça, personne ne peut le faire à leur place ! ». Le monde de la fiction, en France, ressemble souvent aux contrées du Westeros. Grace à l’enseignement de Jean-Christophe, les apprentis scénaristes sont déjà bien armés. Et c’est déjà beaucoup.

3 semaines, ça passe vite, ceci dit. Bien entendu, entre deux sessions de l’IMCA Provence, Jean-Christophe s’occupe comme il peut : « Je continue à faire mon métier de scénariste, avec l’écriture de séries d’animation pour différentes chaines, et j’ai des projets de séries « fiction » de 52’, ainsi qu’un projet de comédie pour le cinéma, que j’aimerais réaliser… ». Mince, ça ressemble à une occupation à plein temps, tout ça ! Scénariste, ce serait donc un métier ? Jean-Christophe sourit. « D’après le dictionnaire, un métier c’est « un travail dont on peut tirer des revenus ». Scénariste me paraît donc tout à fait rentrer dans cette catégorie, même si les revenus en question sont loin d’être toujours garantis. Mais c’est un autre problème. Et à en juger par les travaux des anthropologues, ce n’est d’ailleurs pas loin d’être « le plus vieux métier du monde »…

Le module de Jean-Christophe Hervé sera dispensé entre le 10 et le 27 février 2014.

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