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8 janvier 2014 / IMCA

Grégory BARANES

gregimcaQuand Grégory Baranès parle, on l’écoute. Ça pourrait sembler une évidence pour un intervenant censé partager son savoir et son expérience avec des stagiaires, mais en vérité cela n’a pas grand-chose à voir avec la fonction. C’est plus une question de charisme. Voix grave et charmeuse, look parfait, large sourire, Grégory sait captiver son auditoire. Ce qui l’a conduit à diriger l’écriture sur de nombreuses séries, dont dernièrement 2 franchises « cultes » de la production animée française, « Les Minijusticiers » (TF1) et « Les Dalton » (France 3). Mais écrire et être Directeur d’écriture, est-ce la même chose ? « Ce sont deux métiers très différents même si, à mon sens, un directeur d’écriture doit, à tout prix, avoir une pratique de scénariste pour aider le plus possible les auteurs de son équipe, et mettre si besoin les mains dans le cambouis.

J’avoue que je prends un grand plaisir à réunir des scénaristes dont j’apprécie le travail et à les diriger pour écrire tous ensemble une belle série. C’est mon côté chien de berger. Mais, au bout d’un moment, l’écriture me manque ». L’écriture, justement, comment-elle arrivée à Grégory ? « J’ai un parcours un brin atypique puisque j’ai tout d’abord suivi de longues études de sciences humaines qui me destinaient à l’enseignement universitaire mais je m’en suis rapidement éloigné pour devenir chef de projet dans l’industrie du jeu vidéo. Ce choix était très intéressant pour comprendre toute la chaîne de production digitale, toutefois il n’était en rien satisfaisant du point de vue de la narration. J’ai donc décidé de me mettre à mon compte, comme scénariste, il y a presque dix ans ». Tout cela ressemble un peu à une passion tardive, non ? Grégory acquiesce : « Je serais tenté de dire même si raconter des histoires, avec le recul, a toujours été ma passion et le fil rouge de mon parcours. Mais il m’a fallu du temps et une certaine maturité pour prendre le risque de me lancer, ce qui signifiait, apprendre un nouveau métier, découvrir un nouveau monde ou encore vaincre les réticences de mon entourage qui n’était en rien familier avec cette aventure ». Rares sont en effet les parents qui rêvent de voir leur enfant devenir un artiste maudit, planqué dans sa chambre de bonne parisienne de 4.5 mètres carrés et dont il ne peut même pas payer lui-même le loyer ! Sauf qu’en vérité, en 2014, un scénariste ne ressemble plus vraiment à ça.  « Il est impératif pour un auteur d’être « dans le monde ». Car rester reclus dans sa chambre de bonne est la meilleure assurance de ne jamais voir ses textes exister. Toutefois, il y a là une difficulté car l’écriture demande une certaine forme de réclusion, ou de concentration si vous préférez, tout à l’inverse de la circulation dans les festivals, les projections, ou encore des démarches auprès des producteurs ». Etre vu pour être lu, le leitmotiv du scénariste d’aujourd’hui.

 

En plus d’être directeur d’écriture, Grégory est donc toujours un scénariste, un vrai. Et un homme assez souple puisqu’il passe (facilement ?)  des formats courts pour la télévision à des projets plus longs, comme des 90 minutes, dont le dernier effort en date, « 1,2,3 voleurs » a été diffusé sur France 2 en 2012. « C’est un grand écart car ce sont deux façons d’écrire très différentes et il est en effet très difficile – voire impossible – de passer de l’une à l’autre concomitamment. La solution que j’ai trouvée est d’organiser successivement des plages uniquement dédiées à l’une ou à l’autre. L’avantage qui en rejaillit est de retrouver de la fraîcheur et de l’envie lorsque je reviens au genre et au format que j’ai provisoirement mis de côté ». Lorsqu’on tente d’évoquer avec lui les différents niveaux de contrainte entre ces formats distincts, Grégory nous arrête net, limite on vient de dire une grosse connerie. « Il faut casser un mythe. L’écriture sans contraintes n’existe pas. Quel que soit le champ choisi, la contrainte est là. Et oui, selon moi, elle est une opportunité d’être encore meilleur ! ». Ok, ok, on ne la ramènera plus sur le sujet, on a pigé …

 

Grégory Baranes animera à l’IMCA un module sur l’écriture des 90 minutes. Mais pas que. Il tentera aussi d’expliquer aux stagiaires toutes les forces et énergies, souvent opposées, qui accompagnent le processus de création d’une œuvre de fiction. Pour être scénariste aujourd’hui, il vaut mieux connaître les rouages de la politique et des jeux de pouvoir. Au risque de refroidir les velléités des stagiaires ? « C’est absolument et radicalement nécessaire de leur dire toute la vérité, car ce n’est qu’à cette condition que les élèves de l’IMCA auront toutes les armes en main pour s’exprimer » tranche Grégory. Et qu’ils pourront avoir la chance de voir une (ou plusieurs) de leurs œuvres adaptée à l’écran. Même si là aussi, ce n’est pas toujours une étape facile à vivre pour le scénariste. Grégory se veut néanmoins rassurant : « Sous certaines conditions, comme une relation très serrée avec le réalisateur et le producteur, un scénariste a une chance que son œuvre soit assez proche de son désir initial et donc de minimiser une quelconque déception… ».

 

Stop, assez de pessimiste. On est là pour y croire, aussi, pas seulement pour se prendre la réalité en pleine face ! Grégory confirme : « Il y a tous les jours des moments de doute, de frustration, et parfois même de colère mais il faut savoir les dépasser voire les utiliser pour remettre le travail sur l’ouvrage, encore et encore ». Et de travail, Grégory ne manque pas : « J’ai écrit un long métrage d’animation 3D qui est bien avancé en production. Je viens également de boucler l’arche narrative et le traitement d’une mini-série de 6 x 52’ que je vais exploiter début 2014 ». Pour finir, on se projette beaucoup plus loin. Grégory étant jeune papa, on s’amuse à imaginer la tête qu’il ferait si sa fille lui annonçait que, dans la vie, c’est scénariste qu’elle veut devenir. Grégory sourit : « Un hummm dubitatif serait mon premier mot. Ensuite, je crois que je la regarderais dans les yeux et lui demanderais si elle se voit faire autre chose. Si elle me répond un non catégorique, alors je l’accompagnerai et la conseillerai de mon mieux ». Parce que quand Grégory parle, on l’écoute.

 

Grégory Baranès animera le module sur l’écriture des 90 minutes entre le 14 et le 17 avril 2014

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