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2 décembre 2013 / IMCA

Eric MALACCHINA

Eric MalaccQu’on se le dise, écrire n’est pas qu’une question de talent et d’inspiration. C’est aussi une histoire de rythme… et de bon timing. « Je cherchais une formation dans le sud,  de qualité et reconnue par la SACD et hop une rubrique sur la formation à l’IMCA dans le blog de Nathalie Lenoir. Mais mauvaise nouvelle, la formation venait de démarrer, alors comme on dit, la meilleure façon d’être à l’heure pour un train c’est d’avoir raté le précédent » raconte Eric, sourire en coin. En février 2013, Eric n’a pas été en retard. Il était même le premier arrivé. Un peu fébrile, peut-être ? « Les battements effrénés de mon cœur, ma main moite sur mon stylo, ce silence pesant, insoutenable et oppressant. Non en fait, j’ai ressenti un processus normal dans un groupe : le round d’observation. C’est humain. On ne se connaît pas, on ne sait pas où se situer par rapport aux autres et où on se situe pour les autres. Mais ceci est vite passé à partir du moment où nous sommes tous entrés dans le jeu, notamment celui d’écrire et de tourner dans la journée un petit film muet ». C’est ainsi que chaque année débute la formation scénario, sous l’égide du réalisateur Christophe Lebon. Une expérience qui stimule la cohésion entre les stagiaires : « une fois déguisé, à faire le pathos devant la caméra on ne peut pas être pire au naturel, les barrières s’effondrent ». En d’autres termes, quand on a l’air con, on se la joue moins.

Eric a les yeux bleus azur et vit sur la côte du même nom. Mais son univers ne ressemble pas à une mer d’huile. « J’aime la fiction et le thriller, le film policier, le polar mais aussi la comédie et la satire. J’aime pouvoir mélanger les genres. J’aime la folie que peut avoir un personnage que cela soit d’un point de vue psychanalytique donnant un excellent conflit interne au sein même du protagoniste comme dans sa déclinaison plus légère, déjantée dans la comédie ». Du conflit, une opposition presque frontale, une manière finalement charnelle d’appréhender le scénario. « Faire l’amour c’est écrire à deux une scène intime, la fusion de deux êtres qui se cherchent, échangent, tâtonnent, se découvrent, se trouvent pour aboutir ensemble à leur climax mystique » poursuit Eric en regardant la serveuse qui nous apporte deux « Monaco » (décidément) avec un air concupiscent. Ce qui nous amène obligatoirement à évoquer l’écriture à plusieurs, abordée pendant le stage lors de sessions de travail en atelier, à l’image des « writer’s room » anglo-saxonnes. « Ecrire seul donne un sentiment de liberté mais aussi un sentiment de solitude… » explique Eric. « Écrire à deux s’apparente pour moi à deux protagonistes de film. Chacun d’eux possède une personnalité unique et les deux ensemble forment en plus un binôme unique. Ceci me pousse à revisiter la mathématique à savoir que pour moi un plus un égale trois.  Le travail en groupe demande à considérer que son idée n’est peut-être pas forcément la meilleure, qu’elle est une étape qui permet aux autres membres de l’équipe de rebondir. C’est un échange qui conduit à un brassage neuronal complexe et captivant, les controverses et coups de folies inclus ! ». Une fois toutes ces idées triées, il faut se mettre au travail et écrire. Et avec Eric, c’est le plus souvent en musique : « En fait, tout dépend de la scène que j’ai besoin d’écrire, de son ambiance, de son intensité, de sa vitesse, des émotions que je tente d’y faire circuler. L’éventail musical est très large puisqu’on peut y retrouver du lyrique, des morceaux poignants de célèbres ténors, mais aussi d’autres morceaux plus planants comme « Antimatter », du rock progressif également comme « Spock’beard », « Dream Theater », « Neal Morse » « It bites », « Apple pie », mais l’ambiance que j’ai besoin de créer peut revêtir celle d’une guitare sèche dans sa pureté. Et comme je suis d’une ancienne génération du Led Zep, Deep purple, Caravan, Fleetwood mac etc… ». Les étapes d’écriture étant nombreuses (avec souvent de multiples versions de synopsis, séquenciers, traitements et continuités dialoguées) il est essentiel d’avoir une playlist plutôt conséquente pour arriver à destination. Et d’ailleurs, Eric a-t-il une préférence parmi toutes ces étapes ? La réponse est oui. « L’étape que je préfère est la rédaction de la continuité dialoguée. Un travail énorme a été fait en amont afin de ficeler l’intrigue, de la distiller au fil de l’histoire, d’amener le public là où on a décidé de l’attirer, dans un piège de sentiments et d’émotions, un feu d’artifice de révélations. Les personnages, de par leur étude sont maintenant bien présents, vivants, juste derrière la porte qui attendent pour entrer et vivre leur vie. Parfois je vais jusqu’à dessiner le plan de la pièce et les personnages sur un petit carton à leur effigie. Ils sont là. Que veulent-ils ? Comment vont-ils s’y prendre ? Quels sont leurs sentiments cachés, inavoués ? Comment vont-ils faire pour aboutir au climax de cette scène ? Qui va gagner ? C’est un film réduit à sa plus simple unité. Enfin je laisse les portes s’ouvrir dans cette scène qui va voir s’affronter deux vérités. Trop bon ! ».

Etre scénariste, est-ce que ça fait peur ? « Être scénariste non. Être un professionnel reconnu c’est autre chose, le chemin qui mène vers la lumière est parsemé d’embuches. Mais c’est le lot de tous les métiers artistiques » répond Eric, hésitant encore parfois entre doutes et assurance. Lors de la formation scénariste, les stagiaires se voient proposer tout un tas d’outils qui vont leur permettre de passer outre cette peur, justement. Des modules aussi variés que les intervenants qui les conduisent. « Chacun de ces modules a représenté une étape dans l’art de l’écriture, de la structure à l’adaptation, de l’exigence du format court au check-up de son propre scénario. Chacun des intervenants a su partager sa passion, sa vision et sa personnalité » précise Eric. Exigence… et contraintes. Un terme dont il est souvent question lors de la formation. Au point d’amener les stagiaires à se poser LA question cruciale, qui est, comme le résume Eric : « Bordel comment je vais pouvoir trouver une énième idée qui répond au cahier des charges ?? ». Pourtant, Eric avoue être devenu addict à ce genre de situation : « Avant l’Imca je travaillais surtout sur des web séries et des formats unitaires. Souvent sur des sujets dont j’étais l’initiateur, les contraintes je me les imposais seul. Maintenant je travaille sur des formats courts, shortcom, clip, pub, brend dont les sujets sont imposés et pour lesquels j’ai appris à y trouver mon l’intérêt et à répondre à des contraintes externes parfois dans des délais très courts. Certains processus de création sont devenus des automatismes, comme une ossature sur laquelle je dresse une histoire, ce qui ne bride en rien ma créativité ».

La fin de la formation de l’Imca est toujours vécue comme un moment particulier pour les stagiaires scénaristes. Appréhension, doutes, Eric, lui, se souvient d’une « sensation de rejet très puissant, le rejet du retour à la vie courante en pays « moldu », j’étais si bien et si parfaitement détendu dans ce rôle d’apprenti scénariste. Plus de « ça ou autre chose »* ni de dialogues explosifs capilo-tractés. Basta, fini, terminé, ciao. Avoir la chance de s’immerger complètement dans l’art du scénario et de partager cette passion avec d’autres c’est vraiment très chouette et mérite d’être vécu ! ». Et suite à cette formation, Eric n’a pas tardé à prendre son envol : « Je viens de terminer un clip pour un groupe de rock progressif « Le manège en chantier », j’en ai fait l’écriture, la réalisation et j’ai participé au montage. Je travaille sur une série courte « Barfly Therapy »** dont la deuxième partie du casting doit avoir lieu au mois de décembre. Je continue l’écriture d’une série de thriller fantastique « Remissionem » 6 épisodes de 52 minutes ainsi qu’un unitaire sur une comédie romantico-satirique. En parallèle je prépare un roman illustré, le carnet de voyage d’un psychopathe dont je réaliserai aussi les illustrations, un album de rock progressif doit en être tiré.
Enfin je reste toujours en recherche de concepts afin d’anticiper sur des prochains appels d’offre. Les nuits sont courtes mais peuplées de rêves éveillés. »
Qu’on se le dise aussi, donc, il n’est pas exclu de devenir un véritable artiste en sortant de cette formation !

 

*L’une des expressions préférées de l’un des intervenants de la formation

**Projet pour lequel Eric Malacchina vient de remporter le Fonds d’Aide au pilote de la SACD 

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