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23 janvier 2014 / IMCA

Cedric PERRIN

« La formation pour les scénaristes, j’ai longtemps pensé que ça n’avait aucun intérêt ! ». Cedric Perrin commence fort. Et surprend pas mal quand on sait que c’est lui qui dirige, pour la seconde année maintenant, la formation scénariste de l’Imca. « Mais, ça, c’était avant… » ironise alors Cedric, un sourire en coin. Et il précise : « quand j’ai commencé ce métier, je croyais vraiment que je n’avais rien à apprendre. Que je savais déjà tout. Quand j’ai fait connaissance de mon co-auteur et qu’il m’a obligé à lire la Dramaturgie de Lavandier, je me suis rendu compte qu’il me manquait peut-être quelques notions. En vérité, plus qu’un manuel, j’ai d’ailleurs toujours détesté les manuels, ce livre m’a au moins permis de réfléchir plus précisément à la construction de mes histoires et de mes séquences. Si on suit les grandes règles dramaturgiques, on a quasiment la certitude que les scènes fonctionnent. Ce n’est pas ça qui les rend bonnes, mais c’est au moins le moins syndical quand on espère vendre ce qu’on écrit ». L’autodidacte formateur, ou la schizophrénie comme art de vivre. Cedric rigole : « bien sûr que je suis schizo ! Il y a deux mois j’étais une petite tortue qui parle et qui doit échapper à des mouettes qui portent les prénoms des Beatles, la semaine dernière j’étais un gigolo qui enchaine les passes avec des bourgeoises ménopausées, comment voulez-vous que je ne devienne pas fou avec tout ça ? ». Ok. Ne surtout pas l’énerver. Le mieux est sans doute de s’entretenir avec chacune de ses personnalités, les unes après les autres. Et si on commençait par le responsable de formation ?

« Gérer une équipe, avoir des entretiens avec des candidats, faire de thèmes et d’approches différentes un ensemble à peu près cohérent, c’est sans doute ce qu’il me reste de mon métier d’avant, dans le marketing et la relation clients » explique Cedric, qui revient sur son arrivée à l’Imca : « Je venais de m’installer dans le Sud de la France. J’avais envie de parler de mon métier, alors j’ai cherché sur le net les structures qui abordaient le scénario. J’ai trouvé l’Imca. J’ai envoyé un petit mail en leur disant que je pouvais venir parler de mon travail à l’occasion s’ils en avaient besoin. La présidente de l’Imca, Roselyne Kuntzer m’a demandé de réfléchir à une semaine de formation que je pourrais leur proposer pour la session suivante, 1 an après. Et puis, quelques semaines plus tard, elle m’a recontacté en me disant qu’un des intervenants venait de se désister, et que si je voulais je pouvais prendre sa place. J’ai eu 15 jours pour mettre en place mon module. J’ai quand même pas mal flippé. Ensuite l’Imca m’a proposé de prendre la direction de la formation suivante… ». Et cela a conduit Cedric à apporter de grosses modifications au programme. « La formation scénariste était jusqu’ici très axée sur le cinéma. Moi, je viens de la fiction télé, et donc tout naturellement j’ai réorienté un peu les choses. Mais ce n’est pas par opposition, c’est par pragmatisme ! » poursuit Cedric. « On peut penser ce qu’on veut de la fiction TV en France, mais quand on est un jeune auteur, c’est plus facile de se faire une place sur une série qu’avec un premier film de cinéma. C’est un environnement très formateur, c’est probablement la meilleure école possible pour un scénariste. Et puis les ponts entre la TV et le cinéma sont en train de sauter, il y a moins de risque de se faire cataloguer dans un genre ou un format précis. C’est en tout cas l’approche que j’ai choisie ». A partir de là, Cedric a contacté des scénaristes de son « entourage ». « Oui mais pas seulement ! » corrige-t-il alors. « Je me suis naturellement tourné vers les gens avec qui j’ai déjà travaillé, c’est vrai. Mais faire venir des professionnels à Avignon, ce n’est pas si facile que ça. J’ai donc, par l’intermédiaire d’amis dans le métier, rencontré d’autres scénaristes que je ne connaissais pas et qui me semblaient correspondre à ce que je recherchais. C’est le cas de Sylvie Simon cette année, par exemple. Une très belle rencontre ».

Mais alors, un bon scénariste fait-il un bon formateur ? « Non, il faut avoir un vrai sens de la pédagogie. Ou plutôt du partage. Je n’attends pas des intervenants qu’ils expliquent aux stagiaires comment il FAUT faire, mais plutôt comment EUX, ils font. Parce qu’au-delà des règles dramaturgiques de base, chaque projet est unique, de par son auteur, le thème, la chaîne, les producteurs, la cible et tout un tas d’éléments qui y sont liés. Le partage de l’expérience du scénariste est aussi important que le partage de son savoir. Moi j’aime beaucoup parler de ce qui n’a PAS marché dans mon travail, sur tel ou tel projet ou série, par exemple. L’analyse de l’échec est un exercice très enrichissant ! ». Dans le même ordre d’idée, il a voulu que la formation soit aussi tournée vers les projets et les univers personnels des stagiaires. « On fait bien attention à former les stagiaires à des travaux de commande sans pour autant nier leurs envies, leur personnalité. C’est pourquoi tout au long de la formation, puis ensuite avec un suivi personnalisé, nous les aidons à développer leurs projets. C’est ce qui rend aussi cette aventure passionnante ». Et Cedric de se faire soudain nostalgique : « l’année passée, pendant une séance de pitch, une stagiaire m’a soudain raconté l’histoire qu’elle avait en elle et qu’elle voulait développer en long métrage. J’ai été scotché par son récit. C’était original et émouvant. Si on peut aider à la naissance de belles histoires, c’est qu’on a une vraie utilité… ».

The last but not the least, on s’adresse maintenant à l’auteur. On a encore le temps d’écrire quand on passe autant de temps à former ses futurs concurrents ? « J’écris moins, c’est vrai. En fait j’écris sans doute moins pour rien. Vous savez, ces projets qu’on commence sans vraiment savoir où on va, et qui restent sans évoluer sur le bureau de votre ordinateur, jusqu’à ce que votre disque dur plante et qu’ils disparaissent à jamais. Avec le manque de temps, on apprend à faire des choix, à se consacrer aux commandes, donc beaucoup dans le domaine du dessin animé me concernant, et aux projets personnels déjà bien développés, un 8 x 52’ et un unitaire, et en partie financés. J’éparpille un peu moins mon écriture, finalement. Mais ça reste mon activité principale. Si un jour je deviens plus un formateur qu’un scénariste, il y aura un vrai problème ». Toujours cette lutte interne entre plusieurs personnes. Ou personnages. On ne sait plus trop. C’est presque effrayant. Surtout quand on sait qu’en plus, pour ce portrait, Cedric s’est interviewé lui-même.

 

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